Corruption en Afrique : l'Union africaine hausse le ton et réclame des actes
Le président en exercice de l'UA, Évariste Ndayishimiye, appelle le continent à transformer les discours en résultats concrets contre la corruption.
Chaque 11 juillet, l'Afrique commémore l'adoption de sa Convention contre la corruption, signée en 2003 à Maputo. Cette année, le message du président en exercice de l'Union africaine se veut plus offensif que jamais : arrêter de parler, commencer à agir. Un appel qui résonne aussi loin des sièges d'Addis-Abeba, jusque dans les administrations et les entreprises publiques du continent, Gabon compris.

Le 11 juillet reste, dans le calendrier institutionnel africain, une date à part. C'est ce jour-là, en 2003, que les chefs d'État réunis à Maputo avaient signé la Convention de l'Union africaine sur la prévention et la lutte contre la corruption, premier texte continental à fixer un cadre commun face à un phénomène jugé destructeur pour le développement. Plus de deux décennies plus tard, l'anniversaire sert toujours de piqûre de rappel.
Cette année, le ton adopté par l'organisation panafricaine a été particulièrement direct. Le président en exercice de l'Union africaine, Évariste Ndayishimiye, également chef de l'État du Burundi, a qualifié la corruption de « gangrène » qui mine la croissance économique et hypothèque l'avenir des nations du continent. Une formule qui tranche avec les habituels communiqués institutionnels, et qui traduit une urgence assumée au sommet de l'UA.
Un texte fondateur, une application encore inégale
Sur le papier, la Convention de Maputo a valeur de boussole : elle engage les États signataires à criminaliser l'enrichissement illicite, à renforcer la transparence des marchés publics et à faciliter la coopération judiciaire transfrontalière contre les flux financiers douteux. Dans les faits, son application reste disparate selon les pays, faute de moyens de contrôle homogènes et de volonté politique constante.
C'est précisément ce décalage entre l'ambition du texte et la réalité du terrain que vise l'appel lancé samedi. En insistant sur le « temps de l'action concrète », l'Union africaine reconnaît implicitement que les déclarations d'intention, répétées chaque année à la même date, ne suffisent plus à convaincre des opinions publiques de plus en plus attentives à la gestion des ressources publiques.
Pourquoi ce combat concerne directement le Gabon
La corruption n'est jamais un sujet abstrait : elle se traduit très concrètement par des marchés publics surfacturés, des recrutements opaques dans la fonction publique ou des recettes fiscales qui échappent au Trésor. Pour un pays comme le Gabon, dont l'économie reste fortement dépendante des revenus pétroliers et minier, la capacité à sécuriser ces flux financiers conditionne directement les marges de manœuvre budgétaires de l'État — donc les moyens disponibles pour les hôpitaux, les routes ou l'éducation.
Le message porté par l'Union africaine s'adresse à l'ensemble de ses 55 États membres, sans distinction. Il replace la gouvernance financière au cœur des critères qui déterminent, aujourd'hui, l'attractivité d'un pays auprès des investisseurs internationaux et des bailleurs multilatéraux — des acteurs de plus en plus sensibles aux indicateurs de transparence avant d'engager des financements.
Ce qu'il faut retenir
L'appel lancé ce week-end n'a pas de portée contraignante immédiate : il s'agit d'une mobilisation morale et politique, pas d'un nouveau mécanisme de sanction. Mais il rappelle, dans un contexte où plusieurs pays africains réforment leurs cadres anticorruption, que la crédibilité économique du continent se joue aussi sur ce terrain-là. Reste à savoir si cette Journée africaine de lutte contre la corruption se traduira, dans les prochains mois, par des mesures vérifiables plutôt que par un nouveau rendez-vous symbolique.
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