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Sahel : l'Union africaine retente le dialogue avec Bamako

Le président de la Commission de l'UA a rencontré le chef de l'État malien pour tenter de recoller les morceaux avec l'Alliance des États du Sahel.

Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l'Union africaine, s'est rendu ce lundi à Bamako pour s'entretenir avec le général Assimi Goïta, après un premier échange avec le chef de la diplomatie malienne. Cette visite prolonge un chantier ouvert depuis mai 2025 : réparer le lien entre l'UA et les trois pays de l'AES, sortis du giron ouest-africain traditionnel. Un dossier qui dépasse la seule diplomatie et pèse déjà sur les équilibres économiques et sécuritaires de toute la bande sahélienne.

Rencontre diplomatique entre un responsable de l'Union africaine et des représentants du gouvernement malien à Bamako
Le président de la Commission de l'Union africaine a rencontré les autorités maliennes à Bamako dans le cadre d'un dialogue engagé depuis mai 2025.

Un an après la rupture, l'Union africaine cherche la porte d'entrée. Mahmoud Ali Youssouf, à la tête de la Commission de l'UA depuis 2025, a enchaîné les rendez-vous à Bamako : d'abord avec le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, puis avec le président de la transition, le général Assimi Goïta. Selon nos informations, cette séquence s'inscrit dans une démarche continue engagée depuis mai 2025 pour renouer le fil avec les trois pays de l'Alliance des États du Sahel — Mali, Burkina Faso et Niger.

Pourquoi cette brouille compte au-delà du Sahel

Les trois capitales sahéliennes ont claqué la porte de la CEDEAO en 2024, dénonçant des sanctions jugées trop dures après les coups d'État successifs. Elles ont depuis créé leur propre organisation, l'AES, avec une monnaie commune annoncée, une force militaire conjointe et une volonté affichée de tourner le dos aux anciens partenaires occidentaux. L'Union africaine, elle, n'a jamais suspendu ces trois pays de la même manière que la CEDEAO : elle a choisi la voie du dialogue plutôt que de l'isolement.

Ce choix n'est pas neutre. Un Sahel coupé de ses instances continentales, c'est un espace de 1,5 million de kilomètres carrés où les corridors commerciaux, les flux migratoires et les opérations antiterroristes deviennent plus difficiles à coordonner. Pour les économies côtières d'Afrique de l'Ouest, dont dépendent en partie les échanges vers le Sahel, chaque blocage diplomatique se traduit par des routes plus longues, des marchandises plus chères et une insécurité qui ne s'arrête pas aux frontières.

Une diplomatie de la patience, pas des résultats immédiats

Rien n'indique, à ce stade, qu'un retour de l'AES vers les cadres régionaux classiques soit à l'ordre du jour. Les autorités maliennes ont plusieurs fois répété leur préférence pour une souveraineté renforcée et des partenariats diversifiés, notamment avec la Russie et la Turquie. La visite de Mahmoud Ali Youssouf relève davantage d'un travail de maintien du canal de discussion que d'une négociation de rupture.

C'est précisément la méthode que revendique l'UA depuis un an : ne pas braquer des régimes déjà sur la défensive, en misant sur des rencontres régulières plutôt que sur des ultimatums. Une approche qui a ses limites — aucun calendrier de réconciliation institutionnelle n'a été rendu public — mais qui garde ouverte une option que la fermeté pure aurait pu fermer définitivement.

Ce que cela change pour la région

Pour les pays voisins et les partenaires économiques du Sahel, la question n'est pas seulement politique. Elle touche à la stabilité de corridors logistiques essentiels, à la sécurité des investissements dans les zones frontalières et à la capacité des organisations continentales à parler d'une seule voix face aux crises sécuritaires transnationales. Tant que l'AES et les instances panafricaines resteront à distance, c'est ce maillage régional — commercial autant que sécuritaire — qui continuera de fonctionner en ordre dispersé.

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