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La BEAC envisage le yuan dans ses réserves : ce que ça changerait pour le Gabon

Une piste à l'étude, pas encore une décision, mais qui interroge déjà l'avenir monétaire de la zone CEMAC.

Selon des informations non encore confirmées officiellement, la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) évaluerait l'opportunité d'intégrer le yuan chinois dans ses réserves de change. Une hypothèse qui, si elle se confirmait, s'inscrirait dans un mouvement mondial de diversification loin du dollar. Reste à savoir ce qu'elle signifierait concrètement pour l'économie gabonaise et ses six voisins de la zone franc.

Bâtiment institutionnel évoquant une banque centrale africaine, avec symboles monétaires
La Banque des États de l'Afrique centrale gère les réserves de change communes aux six pays de la zone CEMAC.

La nouvelle circule depuis quelques jours dans les cercles économiques d'Afrique centrale : la BEAC réfléchirait à faire une place au renminbi — le nom officiel du yuan chinois — dans le portefeuille de devises qu'elle détient pour garantir la stabilité du franc CFA. À ce stade, aucune annonce officielle n'a été faite par l'institution basée à Yaoundé. L'information reste à confirmer, et Loop la traite avec la prudence qu'elle mérite : une étude interne n'est pas une décision, encore moins une réforme actée.

Un scénario encore à l'étude, pas une réforme actée

Il faut le rappeler avec force : rien n'indique aujourd'hui que la BEAC ait tranché. Les banques centrales étudient régulièrement des scénarios de diversification sans qu'ils débouchent sur une mise en œuvre. Le processus, s'il existe, obéirait à des règles strictes de gouvernance monétaire propres à la zone CEMAC, qui regroupe le Gabon, le Cameroun, le Congo, la Guinée équatoriale, le Tchad et la République centrafricaine.

Ce qui est en revanche documenté, c'est le contexte global dans lequel une telle réflexion prendrait sens. Depuis plusieurs années, de nombreuses banques centrales dans le monde — de la Russie à l'Arabie saoudite en passant par plusieurs pays africains — ont commencé à réduire la part du dollar dans leurs réserves, un mouvement que les économistes appellent la dédollarisation.

Pourquoi le yuan attire les banques centrales

La Chine est devenue, en une décennie, le premier ou le deuxième partenaire commercial de la quasi-totalité des pays d'Afrique centrale. Le Gabon lui vend du bois, du manganèse et du pétrole ; il lui achète des machines, des équipements et des biens de consommation. Régler une partie de ces échanges directement en yuan, plutôt que de systématiquement convertir en dollars, réduirait la dépendance à une devise unique et les frais de change qui l'accompagnent.

Le Fonds monétaire international a d'ailleurs intégré le yuan dans le panier des droits de tirage spéciaux dès 2016, un signe de reconnaissance de son statut de devise internationale. Sa part dans les réserves mondiales reste toutefois modeste — autour de 2 à 3%, très loin des 58% détenus en dollars selon les dernières statistiques du FMI. Un éventuel mouvement de la BEAC s'inscrirait donc dans une tendance de fond, mais resterait, à ce jour, marginal à l'échelle mondiale.

Ce que ça changerait, concrètement, pour le Gabon

Pour un pays comme le Gabon, dont le franc CFA reste arrimé à l'euro via un mécanisme de garantie du Trésor français, l'intégration du yuan dans les réserves de la BEAC n'aurait pas d'effet immédiat sur le pouvoir d'achat au quotidien. Le franc CFA continuerait de fonctionner exactement comme aujourd'hui.

L'impact se jouerait plus en amont, sur la gestion des réserves de change — ce matelas de devises que la BEAC conserve pour garantir la convertibilité du franc CFA. Diversifier ce matelas avec du yuan pourrait, en théorie, réduire l'exposition de la zone aux fluctuations du dollar et faciliter les transactions commerciales avec Pékin, sans passer systématiquement par un billet vert. Pour les entreprises gabonaises qui importent depuis la Chine, cela pourrait à terme simplifier certaines opérations de change.

Les obstacles qui freinent encore la manœuvre

Le yuan reste une devise partiellement contrôlée par les autorités chinoises, avec des restrictions sur sa convertibilité et ses mouvements de capitaux. C'est précisément ce qui limite son adoption massive par les banques centrales du monde entier, malgré le poids économique de la Chine. Une banque centrale qui détient du yuan ne peut pas le mobiliser aussi librement qu'un dollar ou un euro sur les marchés internationaux.

Par ailleurs, la zone CEMAC fonctionne selon des accords de coopération monétaire avec la France qui encadrent la composition de ses réserves. Toute évolution significative supposerait des arbitrages politiques et techniques qui prendraient du temps, bien au-delà d'une simple étude interne.

Ce qu'il faut retenir

À ce stade, la piste du yuan dans les réserves de la BEAC relève de l'hypothèse d'étude, pas de la décision. Elle mérite d'être suivie avec attention car elle traduit une réalité tangible : le poids grandissant de la Chine dans les échanges d'Afrique centrale. Mais elle ne changera rien, dans l'immédiat, au franc CFA que les Gabonais ont dans leur portefeuille. Loop suivra ce dossier et informera dès qu'une décision officielle sera prise.

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