Déguerpissements au Gabon : la loi contre le toit, un équilibre encore à trouver
Entre nécessité d'aménager le territoire et respect de la dignité des familles délogées, le Gabon cherche sa méthode.
Bulldozers, murs qui tombent, familles qui repartent avec leurs affaires sur la tête : les opérations de déguerpissement se sont multipliées ces dernières années dans plusieurs localités du pays. Les autorités justifient ces interventions par la nécessité de libérer le domaine public et d'organiser l'espace urbain. Mais derrière l'argument juridique, une question reste entière : que devient-on quand on perd son toit au nom de l'intérêt général ?

Un décor devenu familier dans certains quartiers du Gabon : des engins qui avancent, des tôles qui s'effondrent, des habitants qui regardent leur maison disparaître en quelques heures. Ces scènes se sont répétées dans plusieurs localités, généralement dans le cadre de projets d'aménagement urbain ou d'opérations visant à récupérer des emprises appartenant à l'État.
Un phénomène lié à la pression foncière
Libreville et les grandes villes gabonaises connaissent depuis des années une urbanisation rapide, souvent plus rapide que la capacité des pouvoirs publics à planifier. Des constructions se sont élevées sur des terrains non viabilisés, parfois sur des zones à risque ou sur le domaine public — ces espaces (voies, berges, réserves administratives) qui, en théorie, ne devraient jamais être bâtis.
Quand l'État décide de reprendre ces emprises, pour un projet routier, une extension urbaine ou simplement pour faire appliquer le droit foncier, le déguerpissement devient l'outil utilisé. Les autorités invoquent alors la nécessité de faire respecter la loi et de sécuriser des zones parfois occupées depuis des décennies sans titre régulier.
L'impératif d'aménagement, un vrai besoin de développement
Aucun pays ne peut construire des routes, des réseaux d'eau ou des infrastructures modernes sans, à un moment, réorganiser l'espace. C'est le sens que les pouvoirs publics donnent à ces opérations : elles s'inscrivent dans une logique de modernisation urbaine et de mise en conformité avec les règles d'urbanisme.
Cette logique a sa cohérence : sans reprise de certaines emprises, difficile d'élargir une voie, de sécuriser une zone inondable ou de mener à bien un projet structurant. L'aménagement du territoire, quand il est bien conduit, profite à l'ensemble d'une agglomération — meilleure circulation, réseaux assainis, quartiers moins exposés aux risques.
Le défi de la dignité et de l'après-déguerpissement
Mais la question qui revient, quartier après quartier, c'est celle du jour d'après. Que devient une famille qui perd son logement, parfois construit avec les économies de toute une vie ? Où reloger des ménages, souvent modestes, qui n'ont pas toujours les moyens de reconstruire ailleurs dans l'urgence ?
Cette interrogation touche au cœur d'un principe simple : une politique d'aménagement ne se mesure pas seulement à sa légalité, mais aussi à la manière dont elle traite ceux qu'elle affecte. Un déguerpissement mené sans accompagnement — sans préavis suffisant, sans solution de relogement, sans indemnisation claire — laisse des traces sociales bien plus longues que le temps d'un chantier.
Ce que cela change, concrètement
Pour les ménages concernés, l'enjeu immédiat est la continuité : où dormir, où scolariser les enfants, comment ne pas perdre son activité économique quand elle dépendait de l'emplacement occupé. Pour les pouvoirs publics, l'enjeu est de démontrer qu'aménager ne signifie pas seulement démolir, mais aussi planifier l'accompagnement — recensement préalable, information des populations, solutions de relogement ou de compensation.
Des expériences menées dans d'autres pays d'Afrique subsaharienne montrent qu'un déguerpissement préparé — avec délai, recensement des familles et solutions de relogement — génère beaucoup moins de tensions qu'une opération menée dans l'urgence. C'est cette voie médiane, entre fermeté juridique et accompagnement humain, que plusieurs voix appellent à consolider au Gabon.
À suivre
La multiplication de ces opérations traduit un besoin réel de remettre de l'ordre dans l'occupation des sols, à l'heure où le pays veut se doter d'infrastructures plus modernes. Reste à savoir si, à l'avenir, chaque opération s'accompagnera systématiquement d'un volet social clair — préavis, recensement, alternatives de logement — qui permettrait de concilier l'intérêt général et le respect dû à chaque famille concernée.
À lire aussi

Déchets : le groupe ghanéen Jospong reçu par le ministre Nguema Mba
Le ministre de l'Intérieur, Adrien Nguema Mba, a reçu une délégation de Jospong International Business, groupe ghanéen spécialisé dans la gestion des déchets. L'audience intervient alors que plusieurs villes gabonaises, à commencer par Libreville, cherchent des solutions durables à leurs points noirs d'ordures.
À la uneOligui Nguema à Abidjan pour les 66 ans de l'indépendance ivoirienne
Le président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema, accompagné de la Première dame Zita Oligui Nguema, s'est rendu ce mardi en Côte d'Ivoire. Il y prend part aux commémorations du 66e anniversaire de l'indépendance ivoirienne, proclamée le 7 août 1960. Ce déplacement s'inscrit dans une séquence de rapprochements diplomatiques entre Libreville et les grandes capitales africaines.
À la uneLe Chef de l'État veut des campus universitaires modernisés
Le Chef de l'État a réaffirmé son engagement en faveur de campus universitaires à la hauteur des ambitions nationales du Gabon. Une annonce qui touche directement les dizaines de milliers d'étudiants confrontés, chaque rentrée, à des amphithéâtres saturés et des équipements vieillissants.