Pourquoi le savoir-être compte plus que le diplôme au Gabon
Des cadres brillants, des organisations à la peine : le vrai frein à la performance ne serait pas académique, mais humain.
Ingénieurs, économistes, juristes formés dans les meilleures écoles : le Gabon ne manque pas de diplômes prestigieux. Pourtant, nombre d'organisations publiques et privées peinent à se transformer. Une question s'impose, encore trop peu débattue : et si le vrai moteur de la performance nationale se trouvait ailleurs que dans les amphithéâtres ?

Le constat circule depuis longtemps dans les couloirs de l'administration comme dans les conseils d'administration : certains cadres, pourtant diplômés des meilleures écoles, échouent à transformer les organisations qu'on leur confie. Non par manque de compétences techniques. Mais par déficit de ce que l'université n'enseigne pas — ou trop peu.
Ce déficit a un nom : le savoir-être. Fédérer une équipe, inspirer confiance, gérer un conflit sans le laisser pourrir, incarner l'exemplarité au quotidien. Rien de tout cela ne figure dans un relevé de notes. Et pourtant, c'est souvent ce qui fait basculer une organisation entre l'immobilisme et la performance.
Le diplôme, une condition nécessaire mais plus suffisante
Pendant des décennies, le système gabonais — comme beaucoup d'autres en Afrique francophone — a fait du diplôme le sésame quasi unique de la promotion sociale et professionnelle. Grande école, master, doctorat : la compétence technique validait l'accès aux postes de responsabilité.
Ce modèle a montré ses limites. Diriger un service, une entreprise ou une administration ne se résume pas à maîtriser un référentiel technique. Cela suppose de savoir écouter, arbitrer, motiver dans la durée — des aptitudes qui se construisent sur le terrain, pas nécessairement sur les bancs de la fac.
Ce que l'école n'apprend pas encore assez
Leadership, communication, intelligence relationnelle, gestion du stress et des tensions : ces compétences dites « douces » restent le parent pauvre des cursus classiques, y compris dans les filières les plus sélectives. Le sujet a d'ailleurs déjà été abordé sous l'angle des établissements d'enseignement supérieur gabonais, qui commencent à s'interroger sur la place de ces enseignements dans leurs programmes.
L'enjeu n'est pas de dévaloriser le diplôme, socle indispensable de toute expertise. Il s'agit plutôt de reconnaître qu'il ne suffit plus, seul, à garantir la capacité d'un cadre à faire avancer une équipe ou un projet.
Et pour les Gabonais, qu'est-ce que ça change concrètement ?
Dans une administration ou une entreprise, un responsable capable de fédérer limite les blocages, réduit le turn-over et accélère l'exécution des projets — trois leviers directement liés à la qualité du service rendu à l'usager ou au client. À l'inverse, un management défaillant sur le plan humain peut ralentir des réformes ou des investissements pourtant bien financés et bien pensés sur le papier.
Autrement dit : la performance nationale ne se joue pas seulement dans les budgets ou les infrastructures. Elle se joue aussi dans la manière dont les responsables, à tous les échelons, savent porter leurs équipes.
Vers une évolution des critères de recrutement et de promotion
La question qui se pose désormais dépasse le seul débat académique : comment intégrer davantage le savoir-être dans les critères de recrutement, de formation continue et de promotion, sans pour autant sacrifier l'exigence de compétence technique ?
Certains observateurs plaident pour des dispositifs mixtes — évaluations comportementales, coaching de leadership, mentorat — venant compléter les parcours académiques classiques. Une piste que plusieurs organisations, publiques comme privées, commencent timidement à explorer au Gabon.
Le débat est loin d'être clos. Mais il pose une question de fond, utile à toute la société : former des experts, oui — mais aussi, et peut-être surtout, former des hommes et des femmes capables de faire grandir les autres.
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