Janis Otsiemi, la plume gabonaise qui refuse la langue de bois
Resté à Akébé plutôt que de s’exiler, le romancier gabonais revient dans un entretien sur les tabous de la société, de l’Église au Palais.
Il n’a jamais quitté Libreville, encore moins Akébé, son quartier d’origine. Dans un entretien récent, l’écrivain Janis Otsiemi, figure du polar gabonais, aborde sans détour des sujets que beaucoup préfèrent murmurer : la transition politique amorcée après le 30 août 2023, le poids des institutions religieuses, les non-dits du pouvoir. Un exercice rare dans un paysage où la parole publique reste souvent prudente.

Un romancier qui n'a jamais fait ses valises
Contrairement à d'autres figures culturelles gabonaises parties chercher ailleurs une liberté de parole, Janis Otsiemi a fait le choix inverse : rester. Autodidacte, il s'est construit une place singulière dans la littérature noire gabonaise, un genre encore peu représenté sur le continent. Vivre à Akébé, quartier populaire de la capitale, n'est pas un détail : c'est revendiqué comme une manière de rester ancré dans le réel qu'il décrit dans ses romans.
Ce choix de proximité nourrit, selon ses propos rapportés, une liberté de ton peu commune. Dans l'entretien, l'écrivain ne se contente pas de commenter l'actualité : il revient sur des événements structurants pour le pays, à commencer par le changement politique intervenu le 30 août 2023, moment charnière que le Gabon a connu avec l'installation d'une transition dirigée par le général Brice Clotaire Oligui Nguema, aujourd'hui président élu.
Des sujets que peu osent nommer
L'entretien évoque également le rapport ambigu qu'entretiennent certaines institutions religieuses avec le pouvoir politique, un thème classique de la littérature engagée mais rarement assumé publiquement au Gabon. Sans que l'on dispose ici du détail exact de ses formulations, la teneur générale rapportée pointe vers une critique des zones grises entre foi, pouvoir et silence collectif.
Ce type de prise de parole s'inscrit dans une tradition bien identifiée : celle de l'écrivain comme témoin gênant, qui dit tout haut ce que l'espace public feutré préfère taire. Au Gabon comme ailleurs en Afrique centrale, la littérature a longtemps servi de soupape quand les canaux politiques classiques laissaient peu de place à la contradiction.
Ce que ça change, concrètement
Pour le lecteur gabonais, l'intérêt n'est pas tant la polémique que la fonction : avoir, dans le paysage culturel national, une voix qui assume le débat plutôt que de l'esquiver. À l'heure où le pays construit son récit post-transition, ces prises de position d'intellectuels locaux, mesurées mais directes, participent d'un espace démocratique qui a besoin de contradicteurs autant que de soutiens.
Reste que cette matière repose sur une source unique à ce stade, ce qui invite à la prudence sur le détail exact des propos tenus. L'essentiel demeure néanmoins vérifiable : un romancier gabonais reconnu, resté au pays, qui refuse de transformer son art en simple décoration et continue d'écrire depuis Akébé, sans filtre apparent.
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