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Culture

Libreville dresse un Mur du Souvenir pour ses combattants de 39-45

Un monument érigé au Pont de Gué-Gué rappelle le rôle méconnu du Gabon dans la Seconde Guerre mondiale.

La capitale gabonaise a inauguré lundi un nouveau monument dédié aux combattants de la Seconde Guerre mondiale, au Pont de Gué-Gué. Un geste de mémoire qui remet en lumière un épisode largement oublié de l'histoire du pays, à l'heure où la diplomatie mémorielle redevient un outil politique à part entière.

Monument commémoratif en pierre installé près d'un pont à Libreville
Le Mur du Souvenir, inauguré le 13 juillet au Pont de Gué-Gué à Libreville.

Un mur de pierre, quelques plaques, une flamme symbolique : rien de spectaculaire à première vue. Et pourtant, ce lundi 13 juillet, l'inauguration du Mur du Souvenir au Pont de Gué-Gué, à Libreville, a rassemblé du beau monde. La ministre d'État en charge de la Défense nationale, Brigitte Onkanowa, et l'ambassadeur de France au Gabon ont fait le déplacement pour ce moment protocolaire, mais lourd de sens.

Gué-Gué, un lieu qui n'a pas été choisi au hasard

Ce secteur de l'estuaire du Komo n'est pas anodin. Les livres d'histoire situent autour de Libreville, en novembre 1940, l'un des rares affrontements armés entre forces françaises sur le sol africain durant la Seconde Guerre mondiale : les troupes ralliées au général de Gaulle y ont affronté celles restées loyales au régime de Vichy, pour le contrôle de la colonie et de ses ressources stratégiques. Le Gabon, à l'époque, pesait déjà dans les équilibres impériaux français par sa position et ses richesses forestières.

Ériger un mémorial à cet endroit précis, c'est rattacher un lieu du quotidien librevillois à un fait historique trop souvent réduit à une note de bas de page dans les récits sur la guerre. Pour les riverains qui traversent ce pont chaque jour, le monument transforme un point de passage en repère de mémoire.

Une mémoire qui redevient un instrument diplomatique

La présence de l'ambassadeur de France à la cérémonie n'est pas un détail protocolaire de plus. Depuis quelques années, la mémoire des conflits coloniaux et mondiaux est redevenue un terrain d'échange privilégié entre la France et ses anciens territoires africains : reconnaissance des tirailleurs, restitutions symboliques, commémorations conjointes. Le Mur du Souvenir de Libreville s'inscrit dans cette dynamique, où le passé partagé sert de socle à une relation bilatérale qu'on veut apaisée et rééquilibrée.

Côté gabonais, associer la Défense nationale à ce type de projet permet aussi de rappeler que l'armée du pays a une histoire qui dépasse ses missions actuelles de sécurité intérieure ou de maintien de l'ordre. C'est une manière de tisser un fil entre les générations de soldats.

Ce que ça change concrètement

Sur le plan touristique et éducatif, ce type de site a vocation à devenir une étape pour les établissements scolaires et les visiteurs curieux d'histoire, à la manière des mémoriaux qui essaiment ailleurs sur le continent. Il offre surtout un point d'ancrage physique à un chapitre historique resté largement oral, transmis par bribes plutôt que documenté et enseigné.

Reste à voir comment la Ville de Libreville entretiendra ce nouvel espace et l'intégrera dans une offre culturelle plus large — signalétique, visites guidées, programmes scolaires. L'inauguration n'est qu'une première pierre ; sa portée réelle se mesurera dans les usages qui en seront faits dans les mois à venir.

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