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Pegasus : le Maroc aurait ciblé l'entourage d'Ali Bongo en 2018

Une enquête évoque une surveillance par logiciel espion de proches du pouvoir gabonais au moment de la crise de succession.

Selon une enquête journalistique internationale, les services marocains auraient utilisé le logiciel espion Pegasus pour surveiller Noureddin Bongo, Brigitte Laccruche Alihanga et Jean Ping, en pleine incertitude sur l'état de santé d'Ali Bongo après son AVC. L'information, à ce stade portée par une seule source, mérite d'être traitée avec la prudence qui s'impose. Elle rouvre néanmoins un débat plus large sur la vulnérabilité numérique des dirigeants africains face aux outils d'espionnage commerciaux.

Illustration d'un smartphone entouré d'icônes de surveillance numérique sur fond sombre
Le logiciel espion Pegasus permet d'infiltrer un smartphone sans action de sa victime.

Un logiciel, une cible, une crise politique

Pegasus n'est pas un virus ordinaire. Développé par la société israélienne NSO Group, ce logiciel espion permet, une fois installé sur un smartphone, d'aspirer messages, appels, photos et localisation sans que l'utilisateur ne clique sur rien de suspect — on parle d'attaque « zero-click ». Vendu officiellement à des États pour lutter contre le terrorisme et le crime organisé, l'outil a été retrouvé, au fil des enquêtes menées depuis 2021, sur les téléphones de journalistes, d'opposants et de chefs d'État.

Selon une enquête publiée par une organisation de journalistes spécialisée dans les révélations à fort impact, les services de renseignement marocains auraient ciblé plusieurs personnalités gabonaises au moment le plus incertain de la vie politique du pays : les mois suivant l'AVC d'Ali Bongo, survenu à Riyad en octobre 2018. Parmi les personnes visées figureraient Noureddin Bongo Valentin, fils du président et alors en pleine ascension dans l'appareil d'État, Brigitte Laccruche Alihanga, directrice de cabinet influente, et Jean Ping, rival malheureux de la présidentielle de 2016 et figure de l'opposition.

Ce que cela dit de la vulnérabilité numérique du pouvoir

Cette période correspond à un moment où le Gabon s'est retrouvé sans chef d'État en pleine capacité, une situation qui a nourri rumeurs et manœuvres au sommet de l'État jusqu'au retour d'Ali Bongo en 2019. Que des services étrangers aient pu s'y intéresser n'a, en soi, rien d'exceptionnel : les crises de succession sont des moments où l'information stratégique — qui décide, qui négocie, qui est réellement aux commandes — prend une valeur considérable pour des puissances régionales.

À ce stade, une seule source documente ces éléments, ce qui impose une réserve de méthode : ni le Maroc, ni les personnes citées n'ont pu confirmer ou infirmer ces allégations dans le cadre disponible. Le sujet mérite d'être suivi, pas tranché.

Pourquoi ça compte pour le Gabon

Au-delà du cas d'espèce, l'affaire pose une question structurelle : celle de la cybersécurité des institutions gabonaises. Un smartphone infecté par Pegasus devient un micro et une caméra permanents dans la poche d'un décideur public — sans qu'aucune trace visible n'alerte l'utilisateur. Pour un pays qui a vécu une transition politique en 2023 et qui accélère sa numérisation administrative, la protection des communications officielles n'est plus un sujet technique annexe : c'est un enjeu de souveraineté. Des audits de sécurité réguliers sur les appareils des hauts responsables, aujourd'hui pratique courante dans plusieurs administrations occidentales, restent encore rares sur le continent.

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