Union africaine et Sahel : Ouagadougou et Addis-Abeba tentent de renouer le fil
Le président de la Commission de l'UA a rencontré la diplomatie burkinabè pour évoquer une coopération fragilisée par la rupture avec l'AES.
Le président de la Commission de l'Union africaine, Mahamoud Ali Youssouf, a rencontré à Ouagadougou le chef de la diplomatie burkinabè, Karamoko Jean Marie Traoré. Au menu : l'état des relations bilatérales et, surtout, le dossier sensible des liens entre l'UA et la Confédération des États du Sahel (AES), qui a pris ses distances avec l'organisation continentale.

Une rencontre de plus de deux heures, un enjeu de fond
Selon des sources concordantes, l'échange entre les deux responsables, tenu mercredi à Ouagadougou, a duré plus de deux heures. Un format long, révélateur de la densité des sujets abordés : coopération classique entre le Burkina Faso et l'Union africaine, mais surtout la question, plus épineuse, des rapports entre l'institution panafricaine et l'AES, l'alliance regroupant le Burkina Faso, le Mali et le Niger depuis leurs ruptures respectives avec les cadres régionaux traditionnels.
Cette Confédération des États du Sahel s'est en partie construite en opposition aux instances continentales et sous-régionales jugées trop alignées sur les positions occidentales par les juntes au pouvoir. La visite de Mahamoud Ali Youssouf s'inscrit dans une logique de dialogue, à défaut de retrouvailles formelles, avec des pays qui restent membres de l'UA mais qui en contestent régulièrement les décisions et le fonctionnement.
Ce que cela signifie pour l'architecture continentale
Pour l'Union africaine, la relation avec l'AES est un test de crédibilité. Une organisation censée fédérer 55 États ne peut se permettre une fracture durable avec trois pays sahéliens confrontés à des défis sécuritaires majeurs, sans affaiblir sa capacité à peser sur les crises régionales, du terrorisme aux flux migratoires.
Pour Ouagadougou, recevoir le président de la Commission envoie un signal : celui d'une porte qui reste ouverte, sans renoncement aux choix souverains affichés depuis 2022. Aucun accord concret n'a été annoncé à l'issue de cet échange, et les détails précis des discussions n'ont pas été rendus publics.
Un dossier à suivre, sans précipitation
Ce type de rencontre, discrète et sans communiqué commun détaillé, illustre la prudence diplomatique qui entoure le dossier sahélien. Il faudra observer si elle débouche sur des initiatives concrètes — sommet, médiation, cadre de dialogue renforcé — ou si elle reste un simple geste de courtoisie institutionnelle.
Pour les observateurs des relations continentales, l'enjeu dépasse le seul Burkina Faso : c'est la capacité de l'Union africaine à maintenir un dialogue avec des régimes de transition qui redéfinit, à terme, l'équilibre de la diplomatie régionale ouest-africaine.
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