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Société

Déguerpissements à Libreville : la loi face au casse-tête social

La Mairie de Libreville annonce une opération contre les occupations illicites du domaine public, ravivant un débat récurrent entre ordre urbain et survie économique.

La municipalité de Libreville a annoncé une nouvelle opération de déguerpissement visant les occupations illicites du domaine public. Une décision qui, sur le papier, relève d'une simple police de l'urbanisme, mais qui touche, dans les faits, des familles et des petits commerces installés parfois depuis des années. Reste une question de fond, posée sans détour : peut-on faire respecter la loi sans écraser ceux qu'elle est censée protéger ?

Rue de Libreville bordée d'étals de commerce informel sur le trottoir
À Libreville, l'occupation du domaine public par des commerces informels alimente un débat récurrent entre urbanisme et réalité sociale.

Une opération, un vieux dilemme

Selon nos informations, la Mairie de Libreville a formalisé le lancement d'une campagne de déguerpissement ciblant les occupations jugées illicites du domaine public. L'annonce reste, à ce stade, peu détaillée : ni périmètre précis, ni calendrier d'exécution, ni chiffrage des ménages ou commerces concernés n'ont été communiqués publiquement. C'est un point que la prudence impose de souligner, tant l'ampleur réelle de l'opération conditionne son impact.

Ce type d'intervention n'est pas une nouveauté à Libreville. La capitale gabonaise a connu, au fil des années, plusieurs vagues de démolitions et de dégagements d'emprises publiques, le plus souvent motivées par des impératifs de sécurité, de voirie ou d'assainissement. Le point commun de ces épisodes : ils réactivent systématiquement la même tension entre légalité administrative et réalité sociale du terrain.

Le domaine public, un espace disputé

Le domaine public désigne, en droit, les biens et espaces appartenant à l'État ou aux collectivités et affectés à l'usage de tous : trottoirs, chaussées, emprises de voirie, abords de marchés. Y installer un étal, une baraque ou une construction sans autorisation constitue, juridiquement, une occupation illicite. Mais dans une ville où l'informel structure une large part de l'activité économique quotidienne, cette occupation est souvent moins un choix qu'une nécessité : accès au client, proximité d'un carrefour, absence d'alternative accessible.

C'est précisément ce décalage qui nourrit la controverse. La légalité de l'opération n'est, en elle-même, guère contestable : la puissance publique a le droit — et souvent le devoir — de faire respecter l'affectation du domaine public. La question soulevée est différente : celle des conditions de cette remise en ordre, et de ce qu'elle laisse derrière elle lorsqu'aucune solution de relogement ou de réinstallation n'accompagne le retrait.

Ce que ça change concrètement pour les Gabonais

Pour les riverains et commerçants concernés, l'enjeu immédiat est très concret : perte d'un point de vente, d'un abri, parfois d'un revenu qui fait vivre plusieurs personnes. Pour la collectivité, l'objectif affiché est tout aussi tangible — libérer des voies de circulation, réduire les risques d'accident ou d'insalubrité, restaurer une image urbaine plus ordonnée.

Entre ces deux logiques, l'expérience des précédentes opérations à Libreville suggère qu'une exécution sans accompagnement social tend à déplacer le problème plutôt qu'à le résoudre : les occupations réapparaissent ailleurs, souvent dans des conditions plus précaires encore. À l'inverse, les rares expériences assorties de mesures de réinstallation ou de médiation ont généralement suscité moins de résistance et une adhésion plus durable des populations concernées.

Une question qui dépasse le seul cas librevillois

Le débat n'est pas propre au Gabon. De nombreuses capitales africaines confrontées à une urbanisation rapide et à une forte informalité économique ont dû arbitrer entre fermeté réglementaire et accompagnement social, avec des résultats très variables selon la méthode retenue. La différence se joue rarement sur le principe du déguerpissement lui-même, mais sur son calendrier, sa communication préalable et l'existence — ou non — d'alternatives proposées aux personnes déplacées.

À ce stade, les modalités précises de l'opération annoncée à Libreville restent à préciser. C'est sur ces détails — zones réellement visées, délais laissés aux occupants, mesures d'accompagnement éventuelles — que se jugera, dans les prochaines semaines, si cette campagne parvient à conjuguer respect de la loi et justice sociale, ou si elle reproduit les tensions déjà observées lors d'opérations similaires.

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