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154,5 millions FCFA pour un bus : deux marchés qui interrogent la commande publique à Oyem

Un même achat de véhicule, deux arrêtés signés à deux jours d'intervalle et pour des montants différents : le dossier soulève des questions sur la rigueur des procédures de marchés publics.

Un bus Coaster, deux collectivités impliquées, deux montants distincts totalisant 154,5 millions FCFA en moins de 48 heures. Selon des documents relatifs à des marchés publics récents, la délégation spéciale d'Oyem et le Secrétariat général du gouvernement auraient chacun validé une commande liée à l'entreprise Luxury Car, avec 241 Corporation comme attributaire. De quoi interroger sur la traçabilité de l'argent public, même si de nombreux points restent à éclaircir.

Minibus blanc de type Coaster garé devant un bâtiment administratif
Un bus de type Coaster, semblable à celui visé par les deux marchés examinés à Oyem.

Un bus, deux arrêtés, deux montants

Le 11 août 2025, la délégation spéciale de la commune d'Oyem approuve, selon nos informations, un marché de 55 millions FCFA pour l'acquisition d'un bus de type Coaster. Deux jours plus tard, le 13 août, c'est au tour du Secrétariat général du gouvernement, rattaché à la Primature, de valider un second marché portant sur le même type de véhicule, cette fois pour 99,5 millions FCFA.

Additionnés, ces deux montants forment la somme de 154,5 millions FCFA, une addition qui, sur le papier, correspondrait à l'achat d'un seul bus de transport scolaire ou administratif. Un écart de plus de 44 millions FCFA entre les deux opérations, en l'espace de deux jours, mérite d'être expliqué par les services concernés.

Luxury Car et 241 Corporation : deux noms, un même dossier

Les documents consultés font apparaître le nom de Luxury Car comme société impliquée dans la fourniture du véhicule, tandis que 241 Corporation apparaîtrait comme l'attributaire officiel du marché. La coexistence de ces deux entités dans un montage aussi resserré dans le temps interroge sur la répartition réelle des rôles entre fournisseur et titulaire du marché.

À ce stade, une seule source documentaire a permis de reconstituer cette chronologie, et plusieurs zones d'ombre subsistent : nature exacte du lien entre les deux sociétés, justification des écarts de prix, ou encore modalités de mise en concurrence pour chacun des deux marchés. Ces éléments méritent d'être clarifiés avant toute conclusion définitive.

Ce que dit la réglementation des marchés publics

Au Gabon, tout achat public dépassant certains seuils doit en principe passer par un appel à la concurrence, avec publication et comparaison d'offres, afin de garantir le meilleur rapport qualité-prix pour les finances publiques. Deux marchés distincts pour un objet similaire, validés à quarante-huit heures d'intervalle par deux autorités différentes, ne s'inscrivent pas dans le schéma habituel d'une procédure unique et coordonnée.

Ce type de fractionnement, lorsqu'il est avéré, pose une question simple : l'argent public a-t-il été dépensé au juste prix ? C'est précisément ce que les organes de contrôle — Cour des comptes, Agence de régulation des marchés publics — ont pour mission de vérifier.

Et pour les Gabonais, qu'est-ce que ça change ?

Ce dossier illustre un enjeu très concret : chaque million dépensé en doublon ou au-dessus du prix du marché, c'est un million qui n'ira pas construire une école, entretenir une piste rurale ou équiper un centre de santé à Oyem ou ailleurs. La vigilance sur les marchés publics n'est pas un exercice bureaucratique abstrait, elle a un coût direct pour les administrés.

À ce jour, ni la délégation spéciale d'Oyem, ni le Secrétariat général du gouvernement n'ont communiqué publiquement sur ces deux opérations. Des clarifications de leur part permettraient de lever le doute et, le cas échéant, de rassurer sur la bonne tenue des procédures d'achat de l'État et des collectivités locales.

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