Traite des personnes : le Gabon se dote d'un protocole unique de prise en charge
Un manuel remis au ministre de la Justice doit harmoniser la manière dont les victimes sont accueillies et protégées sur tout le territoire.
Le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Augustin Emane, a réceptionné jeudi à Libreville le Manuel de procédures opérationnelles standardisées de prise en charge des victimes de traite des personnes et des migrants vulnérables. Ce document, remis lors de la Journée mondiale de lutte contre la traite des êtres humains, fixe pour la première fois un cadre commun à tous les acteurs concernés.

Un même protocole pour tous les intervenants
Jusqu'ici, la prise en charge d'une victime de traite au Gabon pouvait varier selon qui la recevait : police, travailleur social, agent judiciaire ou ONG. Chacun agissait avec ses propres réflexes, sans grille commune. Le nouveau manuel change cette donne : il détaille, étape par étape, comment identifier une victime, la mettre en sécurité, recueillir son témoignage sans l'exposer à un nouveau traumatisme, puis l'orienter vers une assistance médicale, psychologique ou juridique.
Concrètement, ce type de document sert de fil conducteur unique entre les ministères, la justice et les organisations de terrain. L'objectif affiché est l'harmonisation : que la réponse apportée à une victime ne dépende plus du hasard de la porte à laquelle elle a toqué en premier, mais d'un protocole partagé et opposable.
Pourquoi ce document change la donne
La traite des personnes reste un phénomène difficile à quantifier, précisément parce que le repérage des victimes échappe souvent aux statistiques officielles. Un manuel standardisé donne aux agents de terrain — policiers, travailleurs sociaux, magistrats — des critères clairs pour reconnaître une situation de traite, ce qui est la première étape avant toute poursuite judiciaire ou toute assistance.
Pour le Gabon, pays de transit et de destination dans la sous-région, cette clarification des rôles a une portée pratique immédiate : elle doit permettre de réduire les délais entre le signalement d'une victime et sa mise en sécurité effective, et de sécuriser les dossiers transmis à la justice avec des preuves recueillies dans de meilleures conditions.
Ce que cela change pour les Gabonais
Au-delà du symbole institutionnel, ce texte s'adresse d'abord aux professionnels en contact direct avec des victimes potentielles : agents aux frontières, services sociaux, magistrats spécialisés. S'il est effectivement diffusé et appliqué, il devrait se traduire par une meilleure orientation des personnes vulnérables vers les structures d'accueil existantes, et par des dossiers judiciaires mieux étayés, donc plus susceptibles d'aboutir à des condamnations.
La prochaine étape, non encore précisée à ce stade, sera de vérifier sur le terrain que ce manuel est effectivement connu et utilisé par l'ensemble des acteurs concernés — police, justice, société civile — au-delà de Libreville.
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