Secourisme en entreprise : le chaînon manquant de la sécurité au travail au Gabon
Trois ans après le nouveau Code du travail, la prévention des accidents professionnels reste largement à construire dans les entreprises gabonaises.
Un malaise en pleine réunion, une chute sur un chantier, une brûlure en cuisine collective : dans la plupart des entreprises gabonaises, personne n'est formé pour réagir dans les premières minutes qui comptent. Le Code du travail de 2021 a posé les bases d'une meilleure protection des travailleurs, mais la formation aux gestes de premiers secours en milieu professionnel demeure, selon nos informations, encore embryonnaire au Gabon.

La sécurité au travail a longtemps été perçue comme une case à cocher sur un registre administratif. Une signature, un tampon, et l'affaire est classée. Cette vision a la vie dure, alors qu'elle recouvre en réalité un droit fondamental des travailleurs et, de plus en plus, un critère de performance pour les organisations.
Un droit encore trop théorique
L'adoption du Code du travail de 2021 a marqué une étape dans la modernisation du cadre juridique gabonais. Le texte renforce les obligations des employeurs en matière de santé et de sécurité. Mais entre l'écriture d'une loi et son application sur le terrain, il y a souvent un fossé.
Selon nos informations, la prévention des risques professionnels reste insuffisamment développée dans une grande partie des entreprises et administrations du pays. Concrètement, cela veut dire des ateliers, des chantiers, des bureaux où aucun collègue n'est capable de pratiquer un massage cardiaque, de stopper une hémorragie ou de mettre en position latérale de sécurité une personne inconsciente en attendant les secours.
Pourquoi ces minutes-là changent tout
Dans un accident du travail comme dans un malaise cardiaque, les secondes qui suivent l'incident sont souvent plus décisives que l'arrivée de l'ambulance. C'est le principe même du secourisme en entreprise : ne pas remplacer les services d'urgence, mais gagner le temps qui sépare l'accident de leur intervention.
Ce temps-là, dans un pays où la densité des structures d'urgence varie fortement entre Libreville et les provinces reculées, peut se compter en dizaines de minutes. Avoir un ou deux salariés formés par équipe, capables d'agir avant l'arrivée des secours, n'est donc pas un luxe de grande entreprise internationale. C'est une nécessité qui vaut pour l'atelier de menuiserie du quartier comme pour le site industriel de Nkok.
Un investissement, pas une charge
L'argument économique mérite d'être posé sans détour : un salarié formé aux premiers secours coûte une formation de quelques jours, un accident du travail mal géré coûte un arrêt de production, une hospitalisation, parfois un contentieux. La logique de prévention plutôt que réparation est celle que défendent la plupart des cadres réglementaires modernes en matière de droit du travail.
Pour les entreprises gabonaises, cela suppose de sortir d'une approche purement déclarative de la sécurité pour investir dans des formations régulières, adaptées aux risques réels de chaque secteur : chute et manutention dans le BTP, risques chimiques dans l'industrie, stress et malaises dans les bureaux.
Ce que cela changerait concrètement
Pour les travailleurs, disposer de collègues formés au secourisme, c'est une garantie supplémentaire de sécurité au quotidien, sans attendre qu'un drame serve de déclencheur. Pour les employeurs, c'est une manière de se conformer pleinement à l'esprit du Code du travail de 2021, au-delà de sa seule lettre.
La marche à franchir reste importante : elle suppose la mobilisation des services publics compétents, des organismes de formation agréés et une volonté claire des entreprises d'inscrire le secourisme dans leurs pratiques ordinaires, et non plus comme une option réservée aux grands groupes.
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