Marchés publics : la préférence nationale attend sa vraie rigueur
Réserver les petits marchés aux entreprises gabonaises est un levier prometteur, à condition de renforcer les compétences et le sérieux des acteurs locaux.
Depuis octobre 2023, les marchés publics de moins de 150 millions de FCFA sont réservés aux entreprises gabonaises. Une mesure ambitieuse pour faire grandir le tissu économique local. Mais pour transformer l'essai, la préférence doit s'accompagner d'exigence et de professionnalisme.

Une porte ouverte aux entreprises gabonaises
Depuis octobre 2023, l'État gabonais réserve l'attribution des marchés publics d'un montant inférieur à 150 millions de FCFA aux seules entreprises nationales. Concrètement, une part importante de la commande publique — travaux, fournitures, services de proximité — est désormais fléchée vers les acteurs locaux.
L'objectif est clair : faire émerger des champions économiques gabonais. En protégeant un segment de marché, l'État veut donner aux PME du pays le temps et les moyens de se structurer, de recruter et de monter en compétence.
Cette approche porte un nom : la discrimination positive. Il s'agit d'un coup de pouce ciblé pour rééquilibrer la concurrence en faveur d'acteurs qui, sans appui, resteraient distancés par des entreprises plus grandes ou étrangères.
Une opportunité qui doit encore tenir ses promesses
Sur le terrain, le bilan apparaît plus nuancé. Réserver un marché ne suffit pas à garantir un chantier de qualité, livré dans les délais et au bon prix. La préférence crée l'opportunité ; elle ne fabrique pas, à elle seule, la performance.
Les faiblesses structurelles freinent encore certaines entreprises locales : capacités techniques limitées, difficultés de trésorerie, ou organisation à consolider. Autant de leviers sur lesquels agir pour que l'avantage réglementaire se traduise en résultats concrets.
En clair, la protection est une première marche. La suivante consiste à hisser le niveau d'exigence, pour que les entreprises gabonaises deviennent non seulement bénéficiaires, mais aussi durablement compétitives.
Le vrai enjeu : marier préférence et rigueur
L'expérience d'autres économies montre qu'une politique de préférence nationale fonctionne quand elle s'accompagne d'un accompagnement solide : formation à la réponse aux appels d'offres, accès au financement, contrôle de qualité et suivi des livraisons.
La clé se joue donc autant du côté des entreprises que de la commande publique. Des cahiers des charges clairs, des délais réalistes et une évaluation rigoureuse des prestations tirent l'ensemble du secteur vers le haut.
Ce qu'il faut retenir : la préférence nationale est un outil puissant au service de l'économie gabonaise. Son plein potentiel se libérera lorsque l'ambition politique rencontrera la rigueur d'exécution — sur les chantiers comme dans les bureaux. C'est à cette condition que naîtront les champions locaux visés par la réforme.
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