Loop
Politique

Justice civile : un texte de 800 pages pour remplacer une loi de 1977

Après près de cinquante ans de bons et loyaux services, l'ordonnance qui régit les procès civils au Gabon va être entièrement réécrite.

Le 11 août, une commission d'experts a remis au ministre de la Justice Augustin Emane l'avant-projet du nouveau Code de procédure civile. Un document de plus de 800 pages qui doit remplacer un texte datant de 1977 et moderniser la façon dont les Gabonais font valoir leurs droits devant un tribunal civil.

Remise officielle d'un rapport volumineux au ministre de la Justice gabonais lors d'une cérémonie
Le rapport de plus de 800 pages a été remis au ministre de la Justice Augustin Emane le 11 août à Libreville.

Le geste a duré quelques minutes, mais il solde presque un demi-siècle. Mardi 11 août, César Apollinaire Ondo Mvé, président de la commission chargée d'écrire le futur Code de procédure civile, a remis son rapport à Augustin Emane, garde des Sceaux. Le document a été présenté au ministre par l'inspecteur Édouard Ogandaga, au nom de l'ensemble de la commission.

Derrière la cérémonie, un chiffre donne la mesure du chantier : plus de 800 pages, réparties en plusieurs livres, chapitres et articles. Ce texte doit remplacer l'ordonnance n°1/77 du 2 février 1977, qui organise depuis presque cinquante ans le déroulement des procès civils au Gabon — c'est-à-dire tout ce qui touche aux litiges entre particuliers ou entreprises, hors matière pénale : dettes, contrats, successions, litiges commerciaux.

Un texte devenu obsolète

La procédure civile, c'est le mode d'emploi du procès : comment saisir un juge, quels délais respecter, comment se déroule une audience. Un cadre technique, mais décisif pour la confiance des justiciables et des entreprises dans la justice. Or le texte de 1977 souffre, selon la commission, de limites structurelles : notions floues, concepts juridiques mal définis, sources de confusions pour les avocats comme pour les magistrats.

Le nouveau texte a été pensé pour corriger ces angles morts et aligner le droit gabonais sur les évolutions institutionnelles et juridiques survenues depuis, notamment celles issues des Actes uniformes de l'Organisation pour l'harmonisation en Afrique du droit des affaires (Ohada), l'organisation régionale qui unifie le droit des affaires dans une quinzaine de pays africains.

Aller plus vite, aller au numérique

Deux mots reviennent dans le rapport de la commission : rapidité et modernisation. Le texte veut accélérer le traitement des dossiers et rationaliser le temps judiciaire, pour offrir une justice plus prévisible à ceux qui l'attendent parfois pendant des années.

Il introduit aussi des outils encore absents du droit gabonais : la dématérialisation des actes de procédure et le recours à des procédés électroniques sécurisés pour certaines démarches judiciaires. La conciliation et la médiation, mécanismes qui permettent de régler un litige sans passer par un procès complet, sont également mises en avant comme voies à privilégier avant l'audience.

Ce que ça change concrètement

Pour une entreprise en litige commercial ou un particulier engagé dans une succession compliquée, l'enjeu n'est pas théorique : des règles plus claires et des procédures numérisées signifient potentiellement moins de temps perdu et moins d'incertitude sur l'issue d'une démarche judiciaire. C'est aussi un signal envoyé aux investisseurs, pour qui la prévisibilité du droit des contrats pèse dans la décision de s'implanter ou non au Gabon.

Le texte remis au ministère de la Justice n'est encore qu'un avant-projet. La suite du processus — arbitrages gouvernementaux, adoption en Conseil des ministres puis passage devant le Parlement — déterminera le calendrier d'entrée en vigueur de ce futur code.

À lire aussi