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Justice africaine : 2 décisions exécutées sur 104, un bilan qui interroge

Vingt ans après sa création, la Cour africaine des droits de l'homme peine à faire appliquer ses propres arrêts.

La Cour africaine des droits de l'homme et des peuples fête ses vingt ans dans une position inconfortable : sur 104 arrêts rendus, seulement deux ont été pleinement exécutés par les États concernés. Ce constat, dressé lors d'un atelier régional tenu à Dakar, relance la question de l'efficacité réelle de cette juridiction continentale, y compris pour les pays africains qui l'ont ratifiée.

Bâtiment institutionnel avec drapeaux africains devant l'entrée
La Cour africaine des droits de l'homme et des peuples, basée à Arusha, fête ses vingt ans d'existence.

Le chiffre a de quoi surprendre pour une institution censée garantir le respect des droits fondamentaux sur le continent. Deux décisions exécutées sur 104 rendues en deux décennies : un taux d'application qui tourne autour de 2%, largement inférieur à ce qu'on observe pour d'autres juridictions internationales comparables.

Un problème structurel, pas un accident

Ce faible taux ne relève pas d'un simple retard administratif. La Cour africaine, basée à Arusha en Tanzanie, ne dispose d'aucun pouvoir de contrainte sur les États membres. Une fois l'arrêt rendu, tout repose sur la bonne volonté du pays condamné pour indemniser une victime, libérer un détenu ou modifier une loi jugée contraire aux droits humains.

Cette faiblesse structurelle touche l'ensemble des mécanismes de justice internationale, mais elle prend une dimension particulière en Afrique où beaucoup d'États n'ont pas ratifié le protocole permettant aux citoyens de saisir directement la Cour. Seule une poignée de pays autorisent aujourd'hui cette saisine individuelle, réduisant d'autant l'accès effectif à cette justice pour les populations.

Ce que cela signifie pour le Gabon

Pour un pays comme le Gabon, membre de l'Union africaine et signataire de plusieurs textes régionaux sur les droits humains, ce débat n'est pas qu'une curiosité juridique lointaine. Il pose la question de la crédibilité des instruments continentaux censés offrir un recours aux citoyens quand les voies nationales sont épuisées.

Un arrêt non exécuté envoie un signal ambigu : il reconnaît une violation, mais sans obligation de réparation concrète. Pour les défenseurs des droits humains sur le continent, l'enjeu est désormais de renforcer les mécanismes de suivi et la pression diplomatique entre pairs, plutôt que de multiplier les décisions sans effet.

Vers quelles pistes de réforme

L'atelier de Dakar a servi de cadre à des discussions sur les moyens de rendre la Cour plus efficace : meilleure coordination avec l'Union africaine, mécanismes de suivi renforcés, et surtout une mobilisation politique accrue pour inciter davantage d'États à accepter la saisine directe des citoyens.

À vingt ans, l'institution se trouve à un tournant. Sans changement dans l'application de ses décisions, le risque est que la justice africaine des droits humains reste un symbole plus qu'un recours réel pour les populations qu'elle est censée protéger.

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