Fonction publique : pourquoi la fin des avancements automatiques bloque tout
La réforme du statut général des fonctionnaires portée par la ministre Laurence Ndong se heurte au refus des syndicats de voir disparaître un mécanisme salarial vieux de plusieurs décennies.
Le projet de modernisation de l'administration gabonaise entre en zone de turbulence. Au cœur du désaccord, un dispositif technique mais lourd de conséquences : l'avancement automatique, qui garantit une progression de carrière et de salaire indépendamment de l'évaluation individuelle. Les syndicats de la Fonction publique refusent sa suppression, ouvrant un bras de fer avec l'exécutif.

Un mécanisme automatique remis en cause
Dans la Fonction publique gabonaise, l'avancement automatique fonctionne comme un ascenseur qui monte tout seul : chaque agent progresse d'échelon, et donc de salaire, après un nombre d'années fixé par la grille indiciaire, sans lien direct avec sa performance individuelle. C'est ce mécanisme que le projet de réforme du Statut général des fonctionnaires, porté par la ministre de la Fonction publique Laurence Ndong, entend faire disparaître.
L'objectif affiché de l'exécutif est de rapprocher la progression de carrière du mérite et des résultats, une logique déjà à l'œuvre dans plusieurs administrations à travers le monde qui ont introduit des critères d'évaluation individuelle. Mais selon des informations concordantes, l'annonce a suffi à mettre le feu aux poudres au sein des ministères.
Ce que craignent les syndicats
Pour les organisations syndicales, l'avancement automatique n'est pas un privilège mais un filet de sécurité. Dans une administration où les outils d'évaluation objective restent embryonnaires, remplacer un droit acquis par un système au mérite fait craindre l'arbitraire : qui évaluera, avec quels critères, et avec quelles garanties contre le favoritisme ?
Cette inquiétude n'est pas propre au Gabon : partout où ce type de réforme a été engagée, la question du contrôle de l'évaluation a été le principal point de friction avec les personnels concernés. C'est précisément ce nœud qui bloque aujourd'hui les discussions entre le gouvernement et les représentants des agents publics.
Ce qui se joue pour les finances publiques
Au-delà du symbole, l'enjeu est aussi budgétaire. La masse salariale de la Fonction publique pèse lourd dans les dépenses de l'État, et les avancements automatiques, cumulés année après année, en constituent une part mécanique et croissante, difficile à piloter. Réformer ce système, c'est chercher à redonner à l'État une marge de manœuvre sur un poste de dépense qui échappe largement à son contrôle.
Pour l'instant, le dossier reste au milieu du gué : aucune date de mise en œuvre ni de nouvelle grille de notation n'a été rendue publique. La suite dépendra de la capacité du gouvernement à proposer un système d'évaluation jugé crédible par les syndicats, condition sans laquelle la réforme restera à l'arrêt.
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