Égalité devant la loi : le test que la Vème République ne peut pas rater
Une tribune relance le débat sur un principe simple mais décisif : la loi doit-elle s'appliquer de la même manière à tous ?
Une tribune récemment publiée interroge un fondement de l'État de droit : l'égalité de traitement devant la justice, quel que soit le nom qu'on porte. Le débat, encore feutré, touche à la crédibilité même de la Vème République que le Gabon construit depuis la Transition.

Le texte est court, mais la question qu'il pose ne l'est pas. Une République se juge-t-elle à la protection qu'elle offre aux puissants, ou à l'égalité de traitement qu'elle garantit à chaque citoyen, quel que soit son nom, son quartier ou son réseau ?
C'est le cœur de la tribune mise en circulation ces derniers jours : si certains semblent bénéficier d'une protection que d'autres n'ont pas, c'est le principe d'égalité devant la loi qui se fragilise. Aucune affaire précise n'y est nommément détaillée dans le texte consulté ; il s'agit d'une réflexion de principe, pas d'un dossier judiciaire. Il faut le préciser, tant ce type de propos se prête vite à l'amalgame.
Un principe, pas un slogan
L'égalité devant la loi n'est pas une formule décorative inscrite au fronton des textes fondamentaux. C'est un mécanisme concret : même infraction, même traitement, indépendamment du statut social, de la fortune ou des relations. C'est ce qui distingue, en théorie, un État de droit d'un système où la loi se négocie selon qui vous êtes.
Pour un pays en pleine refondation institutionnelle comme le Gabon, engagé depuis 2023 dans la construction de sa Vème République, cette question n'est pas anecdotique. Une nouvelle Constitution, de nouvelles institutions, un nouveau contrat entre l'État et les citoyens : tout cela ne vaudra que si le socle - la confiance dans une justice impartiale - tient dans la durée.
Pourquoi ça compte pour les Gabonais
Ce débat dépasse la sphère des juristes et des tribunes d'opinion. Il touche au quotidien : la confiance qu'un commerçant de Nkembo ou un fonctionnaire de Lambaréné peut avoir dans le fait que la loi le protège autant qu'elle protège n'importe qui d'autre. Sans cette assurance, l'adhésion aux institutions s'érode, même quand les textes sont bien écrits.
Les standards internationaux en matière de gouvernance - ceux que suivent les bailleurs, les agences de notation et les investisseurs qui évaluent le climat des affaires - intègrent systématiquement l'indicateur de l'État de droit et de l'égalité de traitement judiciaire. C'est un critère qui pèse, concrètement, sur l'attractivité économique d'un pays.
Ce que dit, et ne dit pas, le débat actuel
Il convient de rester prudent : la tribune formule une inquiétude de principe, pas une accusation nominative étayée. Aucune source vérifiable ne permet, à ce stade, d'établir qu'un traitement de faveur systématique existerait au bénéfice de tel ou tel groupe. Ce serait une erreur de transformer une réflexion en verdict.
Ce qui est certain, en revanche, c'est que la question elle-même mérite d'être posée sans tabou, dans un pays qui a fait de la rupture avec les pratiques du passé l'un des arguments de sa refondation institutionnelle. La meilleure réponse à ce type d'interrogation reste la transparence des procédures et la constance des décisions, quel que soit le profil des personnes concernées.
La Vème République se construit aussi, et peut-être surtout, dans ces détails-là : la manière dont chaque dossier est traité, documenté, et rendu lisible pour l'opinion. C'est ce test, discret mais permanent, qui dira si l'égalité devant la loi reste un principe ou devient une réalité vécue.
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