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Drépanocytose : pourquoi le Gabon tarde à dépister les nouveau-nés

Un test simple, réalisable dès la naissance, pourrait changer le pronostic de milliers d'enfants gabonais — il n'est toujours pas généralisé.

La drépanocytose reste l'une des maladies génétiques les plus répandues au Gabon, mais le dépistage néonatal systématique, qui permettrait de la détecter dès les premiers jours de vie, n'est toujours pas déployé à l'échelle du pays. Résultat : des diagnostics tardifs, alors que la maladie peut se manifester dès les premiers mois.

Professionnel de santé effectuant un prélèvement sanguin au talon d'un nourrisson pour un test de dépistage
Le dépistage néonatal de la drépanocytose repose sur un simple prélèvement sanguin réalisé dans les premiers jours de vie.

La drépanocytose n'est pas une maladie rare au Gabon. C'est une anomalie génétique de l'hémoglobine, transmise par les deux parents porteurs du gène, qui déforme les globules rouges en croissant et provoque des crises douloureuses, de l'anémie chronique et, dans les cas les plus graves, des complications vitales. Elle touche un nombre significatif de nouveau-nés dans le pays, avec un poids sanitaire que les spécialistes qualifient d'important.

Un test qui existe, mais qui n'est pas systématique

Le principe du dépistage néonatal est pourtant simple : quelques gouttes de sang prélevées au talon du nourrisson, dans les premiers jours suivant la naissance, suffisent à révéler si l'enfant est porteur de la maladie. Cet examen est utilisé depuis des décennies dans plusieurs pays pour identifier précocement les enfants à risque et démarrer un suivi médical adapté avant même l'apparition des premiers symptômes.

Au Gabon, ce test n'est toujours pas généralisé à l'échelle nationale. Il existe, mais de façon ponctuelle, sans couverture systématique dans les maternités du pays. Beaucoup de familles ne découvrent la maladie de leur enfant qu'après une première crise douloureuse, parfois grave, alors que les signes cliniques de la drépanocytose peuvent apparaître dès les premiers mois de vie.

Ce que change un diagnostic précoce

L'enjeu n'est pas seulement médical, il est aussi économique et social. Un enfant diagnostiqué à la naissance peut bénéficier d'un suivi préventif — vaccination renforcée, traitement antipaludique adapté, surveillance des infections — qui réduit le risque de complications lourdes et d'hospitalisations d'urgence. À l'inverse, un diagnostic tardif expose à des crises plus fréquentes, des séjours hospitaliers répétés et un coût de prise en charge plus élevé pour les familles comme pour le système de santé.

Généraliser ce dépistage suppose une organisation logistique claire : former le personnel des maternités, équiper les laboratoires capables d'analyser les prélèvements, et surtout garantir un circuit de suivi pour les nouveau-nés identifiés porteurs. C'est cette chaîne complète, du prélèvement au suivi médical, qui reste à construire à l'échelle du pays.

Un enjeu de santé publique qui reste ouvert

La question dépasse le seul cadre médical : elle interroge la capacité du système de santé gabonais à transformer un outil de dépistage disponible ailleurs depuis longtemps en réflexe systématique dans chaque maternité. Tant que ce chaînon manquera, les familles continueront de découvrir la maladie au moment le plus difficile, celui de la première crise, plutôt qu'au moment le plus utile, celui de la naissance.

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