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Société

Cette unité méconnue peut réquisitionner la police : son histoire éclairée

Recréée deux fois, dotée d'un pouvoir de réquisition des forces de l'ordre, cette Taskforce vient d'obtenir un nouveau cadre par décret présidentiel.

Peu de Gabonais savent qu'il existe, au sommet de l'appareil d'État, une structure dont les membres prêtent serment devant la Cour de Cassation et peuvent mobiliser la police ou la gendarmerie pour mener leurs enquêtes. Cette Taskforce a survécu à trois régimes différents et vient d'être remise sur pied, en novembre 2024, par un décret co-signé par le président Brice Oligui Nguema, la Première ministre Raymonde Ndong Sima et cinq membres du gouvernement.

Bâtiment administratif officiel au Gabon symbolisant une institution d'État
La Taskforce a été dotée d'un nouveau cadre juridique par décret présidentiel en novembre 2024.

Une survivance institutionnelle rare

Dans le paysage administratif gabonais, peu de structures peuvent se prévaloir d'une telle longévité. Cette Taskforce a traversé trois régimes politiques successifs sans jamais disparaître totalement du dispositif de l'État, malgré des périodes de mise en sommeil. Elle a été recréée à deux reprises, signe qu'elle répond à un besoin jugé permanent par les autorités, quel que soit le pouvoir en place.

Cette continuité interroge autant qu'elle rassure : une institution capable de traverser les alternances politiques sans être balayée témoigne souvent d'une utilité opérationnelle reconnue par-delà les clivages. Reste que son fonctionnement, ses attributions précises et son périmètre d'action restent peu documentés publiquement, ce qui explique en partie la méconnaissance dont elle souffre auprès du grand public.

Des pouvoirs qui sortent de l'ordinaire

Ce qui distingue cette Taskforce des autres organes administratifs, c'est l'étendue de ses prérogatives. Ses membres ont le statut d'officiers de police judiciaire — une qualification qui leur permet de constater des infractions, d'interroger, de perquisitionner. Ils prêtent serment devant la Cour de Cassation, la plus haute juridiction du pays, ce qui place symboliquement leur mission au niveau des fonctions judiciaires les plus solennelles.

Autre particularité notable : la structure peut faire appel aux forces de l'ordre pour l'exécution de ses missions, autrement dit réquisitionner police ou gendarmerie en cas de besoin. Un pouvoir de coercition rarement accordé à ce niveau, qui en dit long sur l'importance stratégique accordée à cette entité par les gouvernements successifs.

Un nouveau décret pour tourner une page

En novembre 2024, la Taskforce a reçu un nouveau cadre juridique par décret présidentiel. Le texte porte la signature du président Brice Oligui Nguema, de la Première ministre Raymonde Ndong Sima, et de cinq ministres, ce qui témoigne d'une volonté de l'exécutif d'ancrer solidement cette structure dans l'architecture institutionnelle actuelle plutôt que de la laisser reposer sur des bases fragiles ou datées.

Pour l'instant, les informations disponibles sur le contenu exact de ce décret restent limitées à une seule source, et méritent d'être confirmées par des recoupements supplémentaires avant d'en tirer des conclusions plus précises sur son périmètre d'action élargi ou non. Ce qui est acquis, c'est la volonté affichée de consolider un outil que trois régimes ont jugé nécessaire de préserver — un choix qui, pour les Gabonais, signifie qu'une capacité de contrôle et d'enquête dotée de vrais moyens contraignants continue d'exister au cœur de l'appareil d'État.

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