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Économie

650 km de rails pour les mines gabonaises : Pékin sur les rangs

Le géant chinois CRCC a rencontré le Ministre d'État pour discuter de deux lignes ferroviaires destinées au secteur minier gabonais.

Une délégation de China Railway Construction Corporation Limited (CRCC) a été reçue le 13 juillet par le Ministre d'État. Au menu des discussions : deux projets de liaisons ferroviaires, Belinga-Kobé-Kobé (550 km) et Milinga-Mayumba (100 km), pensés pour désenclaver le potentiel minier du pays. Une séance de travail élargie doit suivre pour préciser les modalités concrètes de cette coopération naissante.

Carte du Gabon illustrant les projets de lignes ferroviaires Belinga-Kobé-Kobé et Milinga-Mayumba
Les deux tracés ferroviaires évoqués relieraient les zones minières du Haut-Ogooué à la côte atlantique.

L'audience s'est tenue dans la discrétion des salons ministériels, mais l'enjeu qu'elle soulève est tout sauf discret. CRCC, entreprise chinoise forte de 76 ans d'expérience dans la construction ferroviaire, a été reçue par le Ministre d'État pour évoquer un dossier stratégique pour le Gabon : la connexion de ses gisements miniers au reste du territoire, et au monde.

Deux tracés, un objectif : sortir le minerai de terre

Le premier projet évoqué, la liaison Belinga-Kobé-Kobé, s'étirerait sur environ 550 kilomètres. Belinga, dans le Haut-Ogooué, abrite l'un des plus importants gisements de fer inexploités d'Afrique — un potentiel identifié depuis des décennies mais resté largement bloqué par l'absence d'infrastructure de transport adaptée.

Le second axe, Milinga-Mayumba, plus court avec ses 100 kilomètres, viserait à relier des zones minières à la façade sud-atlantique du pays, où Mayumba dispose d'un accès direct à l'océan. Concrètement, cela signifierait la possibilité d'exporter du minerai sans dépendre uniquement du corridor historique du Transgabonais et du port d'Owendo.

Pourquoi ces lignes changent la donne économique

Un gisement minier, aussi riche soit-il, ne vaut rien sans moyen de l'évacuer à coût maîtrisé. C'est tout le paradoxe du fer de Belinga : évoqué depuis les années 2000, son exploitation a longtemps été suspendue à la question du transport. Une ligne ferroviaire dédiée changerait mécaniquement l'équation économique de ces gisements, en réduisant les coûts logistiques qui pèsent lourd dans la compétitivité d'un projet minier face à la concurrence internationale.

Pour le Gabon, dont l'économie reste très dépendante des hydrocarbures et du manganèse de Moanda, l'ouverture d'un nouveau bassin minier structuré autour du fer représenterait une diversification bienvenue. Le secteur minier est identifié depuis plusieurs années comme un des relais de croissance à activer pour réduire cette dépendance pétrolière.

CRCC, un acteur qui pèse dans les grands travaux ferroviaires mondiaux

China Railway Construction Corporation Limited n'est pas un inconnu du secteur : le groupe figure parmi les principaux constructeurs ferroviaires au monde, avec des réalisations sur plusieurs continents. Son intérêt pour le Gabon s'inscrit dans une dynamique plus large d'entreprises chinoises positionnées sur les infrastructures africaines, où elles cumulent expertise technique et capacité de financement.

Le Ministre d'État a salué cet intérêt et formé le vœu que l'expertise de l'entreprise « contribue à la réalisation des grands projets structurants inscrits dans la vision de développement du Gouvernement ». Une formule diplomatique qui traduit, sur le fond, l'espoir gabonais de transformer un potentiel géologique en infrastructure opérationnelle.

Ce qu'il faut surveiller maintenant

Cette audience reste, à ce stade, un premier contact institutionnel. Le Ministre d'État a proposé l'organisation « à brève échéance » d'une séance de travail élargie aux différentes parties prenantes concernées, seule étape susceptible de préciser les modalités réelles : financement, calendrier, études techniques, partage des risques.

Aucun accord contractuel n'a été annoncé à ce jour. C'est cette prochaine réunion qui indiquera si le projet passe du registre des intentions à celui des engagements chiffrés — l'étape qui, historiquement, a souvent manqué aux grands projets ferroviaires miniers évoqués au Gabon depuis vingt ans.

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